Marchons ensemble pour changer le modèle

jeudi 6 décembre 2018
par  SUD Éduc

Valérie Cabanes, juriste internationale ; Cyril Dion, écrivain, réalisateur et militant écologiste ; Nathan Le Potier, secrétaire général de l’UNL et Marie Toussaint, présidente de Notre affaire à tous appellent à marcher « ensemble le 8 décembre pour décider de notre avenir et faire vivre un monde de justice sociale et climatique. »

Certain·e·s veulent nous opposer. Et pourtant nous n’en démordons pas : en France, les gilets jaunes réclament la justice sociale. Et les défenseurs de l’environnement aussi. La question est simple : la transition est nécessaire, elle est urgente, parce que personne ne veut léguer à ses enfants un monde toxique, parce que personne ne souhaite voir ses proches mourir trop jeunes des effets de la pollution. Mais c’est le même système qui crée des inégalités, et détruit notre environnement. C’est un même système que nous devons changer ensemble, à commencer par marcher ensemble le 8 décembre prochain.

Les coûts explosent, et nous payons tous l’addition. Depuis 1988, 100 firmes seulement sont responsables de plus de 70% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Des firmes subventionnées en partie par les États : 4 milliards d’aides directes dans l’Union européenne en 2016 ; 1,41 milliards en France, soit douze fois plus que le coût sanitaire induit par les pollutions et pris en charge par les contribuables. Les constructeurs automobiles coûtent, à travers leurs fraudes, 400 euros par voiture et par an. Et nous apprenons récemment que la pétrolière Shell, qui dégage 13 milliards d’euros de bénéfices annuels, est complètement exonérée d’impôts aux Pays-Bas. La firme est pourtant la 9e pollueuse mondiale depuis 1988, détenue en partie par l’État, et appartient à ces 100 firmes qui ont autant pollué en 28 ans que pendant les 237 années qui ont précédé. Un peu comme la firme française Total, 19e pollueuse mondiale, et régulièrement exonérée d’impôts. Quant aux catastrophes naturelles, elles ont coûté en 2017 plus de 265 milliards d’euros à l’Union européenne, soit 100 milliards de plus que le budget global de l’UE. Et au total, selon une étude de l’ONERC, l’impact du changement climatique en France pourrait représenter plusieurs centaines de millions d’euros par an d’ici 2050 en cas d’adaptation insuffisante.

Les coûts explosent, et sont assumés avant tout par les plus pauvres. Entre les pays du Nord et les pays du Sud, mais aussi chez nous, en France. 10% de la population mondiale est responsable de 50% des émissions de gaz à effet de serre, tandis que les 50% de l’humanité les plus pauvres n’émettent que 10% des pollutions. En France, l’écart de pollution est au moins de 1 à 40 entre les plus riches et les plus pauvres, selon les estimations des économistes. Le prix des denrées alimentaires de base augmente : le blé, le pain, les oeufs… deviennent plus chers, tandis que les métiers les moins qualifiés disparaissent. Les stations de ski vont fermer. Les ouvriers du bâtiment pâtissent du réchauffement. Nos terroirs s’appauvrissent : des produits emblématiques de la France sont menacés par le changement climatique, en première ligne, le vin et le champagne, mais aussi les huîtres ou la bière, ou encore la lavande, comme l’illustre la situation de la famille Feschet qui a assigné en justice l’Union européenne pour inaction climatique le 24 mai dernier. Et l’augmentation actuelle de la taxe carbone pèse 5 fois plus lourd dans le budget du décile le plus pauvre que dans celui des plus riches.

Les citoyens agissent, ils y sont prêts, ainsi que nous le prouvent les vidéastes, personnalités et dizaines de milliers de citoyens mobilisés lors des marches pour le climat. De nombreuses collectivités y sont prêtes, elles agissent, et demandent également à la plus grande firme pollueuse française, Total, d’agir également. Avec raison : car les efforts de la protection du climat ne doivent pas reposer sur celles et ceux qui paient déjà les coûts de la dégradation de notre environnement.

Que les luttes sociales soient liées aux luttes environnementales n’est guère nouveau. Au XVIe siècle, les paysans anglais se soulevaient déjà pour réclamer leur droit à jouir des espaces communaux privatisés par les plus riches. Les luddites se sont battus contre les machines à tisser, révolution technologique entraînant la destruction d’emplois des moins qualifiés. Aux Etats-Unis, c’est à partir de la lutte des droits civiques qu’a véritablement émergé la bataille pour la protection de l’environnement. A Richmond, le géant pétrolier Chevron est attaqué alors même que l’entreprise est le principal employeur local. Dans les pays du Sud, la question de l’usage des ressources est toujours liée à celle de la justice sociale.

ll n’y aura pas de transition écologique sans justice sociale. Car nous ne pouvons demander aux plus précaires de prendre en charge l’ensemble des coûts liés au réchauffement climatique, et à sa protection. Les outils de la transition doivent répondre à l’impératif de justice sociale et fiscale, de manière à susciter l’adhésion du plus grand nombre, et répondre à l’objectif fixé : celui de protéger l’ensemble de l’humanité de ses impacts graves et irréversibles.

Nous devons faire converger nos requêtes pour la justice sociale et climatique. C’est le même modèle que nous rejetons : celui qui bafoue les droits humains et l’égalité, la démocratie et la nature. Marchons ensemble le 8 décembre, décider de notre avenir, pour faire vivre un monde de justice sociale et climatique.

Signataires :

Valérie Cabanes, juriste internationale, auteure de Un nouveau Droit pour la Terre ; Cyril Dion, écrivain, réalisateur et militant écologiste ; Nathan Le Potier, secrétaire général de l’Union Nationale Lycéenne et Marie Toussaint, présidente de Notre affaire à tous.